Prevenir les accidents du travail à bord des caseyeurs

les accidents à bord des caseyeurs

Entre 2010 et 2018, 65 marins-pêcheurs inscrits Enim sont décédés pendant leur activité. Parmi eux, 11 pratiquaient la pêche professionnelle aux casiers.

La principale cause de mortalité est la chute à la mer (7 cas sur 11) provoquée, dans la moitié des cas, par l’entraînement par-dessus bord du marin par la filière.

Sur cette même période, 8 481 ATM ont été enregistrés en France métropolitaine pour le secteur des pêches maritimes. Parmi eux, 677 concernent des marins à bord des caseyeurs.

TROIS PHASES DE TRAVAIL RESSORTENT COMME ÉTANT LES PLUS ACCIDENTOGÈNES.

24% des ATM liés au travail et la manutention des captures : coupure aux mains par les captures et les couteaux, effort excessif lors de la manutention des casiers et des caisses

22% des ATM liés aux manœuvres de virage de l'engin de pêche : chocs aux mains par l'engin de pêche, effort excessif lors de la manutention des casiers et des caisses

13% des ATM liés aux manœuvres de filage de l'engin de pêche : entraînement par l’engin de pêche au niveau des membres inférieurs ou supérieurs

L'entraînement par l’engin de pêche

Ce risque est considéré par TOUS les marins pratiquant le métier du casier comme étant le risque principal. Il apparaît lors de la phase de filage et provient de la proximité directe entre le marin et l’engin de pêche qui part à l’eau. Dans ce cas, le marin se déplace sur le pont de pêche avec un casier dans les mains qu’il doit mettre à l’eau au bon moment tout en surveillant l’orin qui file à ses pieds.

Plusieurs accidents très graves ont été causés par l’entraînement d’un marin dont le pied ou la jambe s’est pris dans une boucle de l’orin lors du filage manuel des casiers. Ce risque peut être aggravé par des problèmes d’encombrement ou d’agencement du pont de pêche, par des mouvements du navire, par des vitesses de filage élevées ou par des surfaces glissantes.

Le système de filage automatique

Pour pallier ce risque, il est nécessaire de proscrire toute intervention directe des marins sur l’engin de pêche au filage et de le rendre complètement automatique. Cela supprime les risques d’entraînement mais réduit aussi les manutentions manuelles. La zone de mise à l’eau, qui est la zone de danger lors du filage, et le positionnement du vire-casier, sont dans ce cas distinctes. Les casiers restent connectés à l’orin et sont pré-positionnés de façon précise sur le pont. Après le départ du pavillon et de la gueuse, la mise à l’eau des casiers se fait automatiquement soit à travers une ouverture du tableau arrière soit via une rampe. Les vitesses de filage peuvent dans ce cas précis être plus importantes. Pour la pêche en solitaire, le marin peut se concentrer complètement sur sa route.

  • Il est nécessaire de bien prendre en considération toutes les phases de travail notamment le transfert des pavillons et des gueuses.
  • Le pont de pêche doit être complètement libre, aucun élément fixe ou mobile ne doit pouvoir être accroché par les casiers ou les orins.
  • Aucun marin ne doit se situer dans la zone de danger lors du filage.
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La séparation physique entre le marin et la filière en mouvement

Séparer physiquement les marins de l’orin supprime le risque d’être entraîné lors du filage. La conception de la séparation dépend de l’aménagement du navire et du stockage des casiers. Le système le plus couramment utilisé est l’installation de planches de parc qui vont canaliser les bras de l’orin le long du pavois (cf. schéma 1). Sur d’autres navires, généralement plus gros, les casiers sont déconnectés de l’orin (utilisation d'agrafes ou de clips). Les bras reliés à l’orin sont rangés sur une barre métallique et les casiers sont stockés indépendamment de l’ordre. Au filage, les marins manutentionnent les casiers à l’écart de l’orin (cf. schéma 2).

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Le rangement de l'orin et des casiers

Certains navires ont choisi de déplacer l’orin de la zone de virage à la zone de filage. Cette opération est réalisée manuellement ou mécaniquement. Le but est de protéger le marin chargé de mettre à l’eau les casiers en le faisant évoluer dans une zone à l'écart de l’orin.

La chute à la mer

Sur les caseyeurs, la chute à la mer est un risque majeur qui apparaît particulièrement lors du travail au vire-casier "classique" (treuil hydraulique associé à une potence). Deux facteurs de risque apparaissent lors de cette phase de travail :

  1. Le marin, pour saisir et accompagner la remontée des casiers, engage une partie de son corps à l'extérieur du navire. Ce travail répété penché par-dessus bord peut provoquer un basculement.
  2. Les hauteurs de pavois mesurées au niveau du vire-casier dépassent rarement 75 cm et peuvent même descendre à 60 cm sur les navires anciens. En cas de déséquilibre (mouvement du navire, surface glissante), cela n'empêchera pas de basculer par-dessus bord.
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La mécanisation de l'embarquement des casiers

Certains navires disposent de systèmes permettant un embarquement mécanique des casiers qui suppriment totalement les phases de travail “penché par-dessus bord”. Ces dispositifs sont constitués d’un rouleau de lisse monté sur un axe rotatif et d’un réa d’entraînement actionné hydrauliquement. Un poste de commande situé à proximité permet au marin d’agir sur la vitesse de remontée. Il est en effet important de ralentir la vitesse de virage à l’arrivée du casier et de l’accompagner manuellement sur la table de travail pour éviter qu’il ne vienne heurter le marin.

La hauteur de pavois

L'augmentation de la hauteur de pavois jusqu'à une hauteur "satisfaisante", un mètre, assure une protection contre le risque de chute par-dessus bord. Cependant, celle-ci n'empêchera pas le marin travaillant au vire-casier de se pencher par-dessus bord et donc de s'exposer à un risque de chute à la mer. Par conséquent, à elle seule, cette solution ne suffit pas. Elle ne sera réellement efficace que si, en parallèle, les marins ne doivent plus se pencher.

Le port d'un EPI contre le risque de noyade


(Équipement de Protection Individuelle)

Le port d’EPI contre le risque de noyade est obligatoire pour les marins en cas d’exposition au risque de chute à la mer, notamment lors des opérations de pêche.

Vire-casier automatique avec commandes déportées de la barre et des moteurs.

La chute à bord

Le risque de chute de plain-pied est un risque courant sur n’importe quel lieu de travail mais qui, dans le cas d’un caseyeur, peut être dramatique si elle se produit lors du filage. Il est présent lors de tous les déplacements et particulièrement lors de la manutention des casiers sur le pont. Il est accentué par la présence de l’orin et des bras à plat pont, par les mouvements du navire, par l’exiguïté des ponts, par la présence d’obstacle, par un pont glissant...

La limitation des déplacements à bord du navire

Pour éviter les chutes, il faut, en plus d'un revêtement antidérapant, limiter ou faciliter les déplacements à bord. Pour ce faire, certains navires ont fait le choix d’installer des “doubles commandes” à proximité du vire- casier. Cela permet lors de la phase de virage d’éviter les nombreux déplacements entre la passerelle et le pont de pêche. L’installation d’un filage automatique supprime complètement les déplacements des marins associés à des manutentions de casiers.

Le choc avec l’engin de pêche

Au virage, du fait d'un mouvement mal contrôlé, un casier peut venir frapper le marin. Ce risque peut être accru si la commande du vire-casier se situe en passerelle. Au filage, en cas d’erreur du rangement des casiers, le marin, en charge de la mise à l’eau, peut être heurté par un casier entraîné par l’orin. La prévention passe ici par le choix d’un équipement permettant au marin en charge du virage de pouvoir faire varier la vitesse et de pouvoir stopper en urgence. Le rangement des casiers doit être identique pour toutes les filières. Il doit également être pratique. Le casier à prendre doit être celui qui est le plus accessible. Attention aux casiers mis de côté pour réparation et aux empilages instables.

Le travail à forte contrainte physique

Le travail à bord des caseyeurs est contraignant physiquement notamment du fait de la manutention manuelle des casiers. Ils sont embarqués à la volée au rythme d’un toutes les 20 à 40 secondes en moyenne. Les efforts à l’occasion de cette opération portent essentiellement sur la colonne vertébrale. Ils peuvent être accentués en cas de mauvais temps et lorsque l’espèce ciblée est le tourteau (dans ce cas, les casiers peuvent être beaucoup plus lourds). Ils sont ensuite déplacés pour être rangés sur le pont selon un ordre bien précis. Enfin, ils sont soit mis à l’eau, soit jetés ou posés sur la lisse.

Prenons l’exemple d’un navire armé par un homme seul, équipé d'un vire-casier sur potence, qui met en œuvre 240 casiers de crustacés par jour (20 kg en moyenne). Le poids total des casiers manutentionnés quotidiennement par ce marin est de plus de 14 tonnes.

La prévention des risques passe par la mécanisation du virage et par la mise en place du filage automatique. Il est en effet difficile de réduire le poids des casiers.

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Le risque de blessure à la main

Pour les métiers du casier, la main est de très loin le siège de lésion le plus touché (30 %). Deux genres d’accident ressortent nettement.

La coupure

Ce risque apparaît principalement au moment de la manipulation des captures, lors du retrait des casiers et lors de la section des tendons des crustacés. Le poste de travail du marin en charge de couper les tendons doit également être adapté. Pour le homard, un outil spécifique permet de passer un élastique autour des pinces sans risque.

Le coincement

Lors de la phase de virage, le marin s’expose à l’engagement des doigts ou de la main dans la poulie ou dans le vire-casier. La prévention passe par une protection des équipements susceptibles de coincer les doigts ou les mains des marins, par le port de gants de protection et par l'utilisation d'outils dédiés.

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Prévenir les accidents du travail à bord des caseyeurs

2 Mo - 16 pages - Décembre 2019