Prévenir les blessures aux mains

L'accidentologie aux mains chez les marins professionnels

Ce dossier web ainsi que la campagne de sensibilisation "Stop Blessures aux mains" ont été réalisés en partenariat avec l'Enim

"PRÉVENIR LES BLESSURES
AUX MAINS"

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En 2019, l’IMP a mené, en partenariat avec l'Enim, une étude sur l’accidentologie professionnelle maritime ayant les mains pour siège des lésions sur la période 2016/2018. En voici les principaux enseignements.

Les accidents aux mains : une priorité de prévention

D’après les sources de données étudiées (Enim (Hippocrate + PE, 2016-2018), SSGM (Esculape, 2013-2017), IMP (QCATM, 2008-2017), CCMM (2014-2018)), les accidents du travail aux mains dans le secteur maritime représentent près d'un quart du total des accidents du travail.

À la pêche, cette proportion s’établit aux alentours de 25%, ce qui fait de la main le premier siège des lésions dans ce secteur. Dans les cultures marines, la main est également le premier siège des lésions avec une proportion d’accidents du travail de l’ordre de 20%. Enfin, au commerce, les mains représentent environ 15% des accidents et constituent le troisième siège des lésions.

Bien que très fréquents, les accidents aux mains sont moins graves que l’ensemble des accidents du travail car, selon les chiffres Enim, ils provoquent des arrêts de travail dont la durée moyenne est de 59 jours contre 88 jours pour l’ensemble des accidents du travail maritime.

Les accidents graves aux mains sont plus rares mais ne doivent pas être négligés

Ce constat est néanmoins relativisé par les chiffres des urgences médicales maritimes qui indiquent que la proportion d’évacuations sanitaires ou médicales suite à un accident aux mains (24%) est plus importante que pour l’ensemble des accidents toutes causes confondues (21%). Il faut souligner que ce taux élevé de prise en charge des marins victimes d’accidents aux mains en mer favorise probablement la guérison grâce à des soins rapides et de qualité.

Bien qu'ils soient plutôt moins graves, les accidents aux mains restent à l'origine d'environ 15 % de la totalité des arrêts de travail et ont entraîné le versement de 2 223 361 € d’indemnités journalières par l’Enim.

Les accidents aux mains représentent donc une priorité de prévention pour le secteur maritime professionnel.

Une priorité forte pour le secteur des pêches

L’étude de la répartition de l’ensemble des accidents du travail aux mains selon le secteur d’activité montre que la pêche est le secteur le plus touché. En effet, il comptabilise environ 54% de tous les accidents aux mains du secteur maritime.

Circonstances des accidents du travail maritime aux mains

Quel que soit le secteur d’activité, les accidents du travail aux mains se répartissent en deux grandes catégories (Chiffres IMP/QCATM, période 2008-2017) : les accidents de type “coupé, piqué par..” et ceux du type “frappé, entraîné, coincé par…”.

Les coupures, piqûres

Comme l'indiquent les graphiques ci-dessous, les accidents de type “coupé, piqué par..” provoquent majoritairement des plaies.

Les chocs, entraînements et coincements

Les accidents de type “frappé, entraîné, coincé par…” ont des origines multiples et des conséquences plus variées. En effet, il s’agit de plaies, de fractures/luxations ou de contusions (notamment dans le secteur du commerce).

Pour les secteurs des cultures marines et du commerce, la relation entre les conséquences des accidents aux mains et le travail est difficile à déterminer. A la pêche par contre, avec des différences assez importantes en fonction du métier pratiqué, deux liens forts sont établis.

D’une part, les accidents aux mains liés au travail des captures (26 %), provoqués par coupé, piqué par… (66 %) avec pour conséquence une plaie (53 %).

D’autre part, les accidents aux mains liés à la manipulation de l'engin de pêche (41 %), provoqué par frappé, entraîné, coincé par... (49 %) et coupé, piqué par... (34 %), avec pour conséquences une plaie (41 %) et une fracture, luxation (26 %).

Parole d’experts

Des entretiens avec des experts médicaux, sociaux ainsi que des armements maritimes ont été conduits en complément de l’étude statistique de l’accidentologie professionnelle maritime aux mains. Ils ont permis de mettre en évidence des enseignements complémentaires.

Les médecins du SSGM (Service de Santé des Gens de Mer) pointent le retard pris parfois dans le traitement des blessures aux mains qui engendre des complications septiques. A cela, deux raisons évoquées ; d’une part la sous-estimation des conséquences possibles d’une blessure a priori bénigne et d’autre part, un frein de la victime à signaler sa blessure au patron du navire, que ce soit par peur de sa réaction ou pour ne pas ralentir le travail à bord.

Selon certains d’entre eux, les gants constituent par ailleurs un problème récurrent, qu’il s’agisse de leur mise à disposition par l’armateur, de leur qualité, de leur taille ou encore de leur adéquation vis-à-vis du travail à faire et des risques encourus.

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Une simple piqûre d’araignée de mer peut se compliquer si le soin n’est pas approprié

Ce constat est partagé par les médecins du SCM (Service du Contrôle Médical) de l’Enim qui pointent également l’absence ou le manque de soin des blessures aux mains bénignes en apparence, mais qui se compliquent par la suite. Selon eux, cette situation s’expliquerait aussi par une “résistance culturelle" au mal qui conduirait les marins à “ne pas se soigner pour si peu”.

Les assistants sociaux du SSM (Service Social Maritime) constatent quant à eux que les accidents aux mains sont nettement sous-déclarés par les marins sans que cela constitue une spécificité remarquable. En effet, quel que soit l’accident du travail dont ils sont victimes, les marins professionnels auraient tendance à en sous-estimer la gravité et à ne pas le déclarer à l’Enim.

Enfin, pour les armements, la question des risques d’accidents aux mains n’est pas plus prioritaire que les autres risques professionnels. Ils sont néanmoins marqués par des accidents graves tels que les engagements dans des organes en mouvements (engrenages, treuils, poulies) à l’origine de fractures voire d’amputations… et constatent également un nombre significatif de blessures aux mains qui ont été mal soignées à bord, entraînant des complications médicales.

Bilan et pistes de prévention

Les accidents aux mains dans le secteur maritime sont principalement caractérisés par de fréquentes coupures, piqûres provoquant des plaies, le secteur de la pêche étant le plus touché. Ils se produisent principalement à l’occasion du travail mais trouvent également leur origine dans des complications médicales constitutives d’un manque ou d’une absence de soins appropriés.

Fort de ces constats, il est tout d’abord nécessaire de rappeler l’importance du port de gants de protection en bon état et adaptés aux risques auxquels les marins s’exposent au cours du travail. C’est l’objet de notre dossier dédié aux gants de protection où il est rappelé le contexte réglementaire et normatif encadrant les EPI des mains.

Une attention particulière doit également être portée sur la nécessité de soigner correctement une blessure à la main. C’est l’objet de notre dossier dédié au soin des blessures aux mains où sont rappelées les règles essentielles à suivre.

Enfin, la question centrale du risque lié aux machines, à l'origine d'accidents aux mains plus rares, mais souvent très graves, fera l'objet d'un futur dossier spécial.

IMP2021_Brochure_Stop-blessures-aux-mains.pdf.pdf
Brochures
STOP Blessures aux mains
12 pages
IMP2021_Affiche_Stop-blessures-aux-mains.pdf
Affiche
STOP Blessures aux mains