La protection de la tête pour les marins professionnels

Entre 2012 et 2018, en France métropolitaine et outre-mer, les accidents du travail maritime (ATM) à la tête ont provoqué quatre décès de marins professionnels dont trois marins-pêcheurs.

Limiter le risque d’accident, c’est tout d’abord chercher à réduire l’exposition au danger. Si ce n’est pas possible, des mesures de protection collective doivent être mises en place. Si malgré tout le risque persiste, la mise à disposition et le port d’un équipement de protection individuelle (casque ou casquette de protection) s’impose. En plus de détailler le cadre réglementaire et normatif, ce dossier apporte toute l’information nécessaire à la mise en œuvre d’une démarche de prévention des accidents à la tête adaptée aux différentes situations de travail à risque rencontrées à bord des navires. Il est destiné aux employeurs, aux armateurs et aux responsables de la sécurité et des conditions de travail des secteurs des pêches maritimes, des cultures marines et du commerce.

L’accidentologie du travail à la tête dans le secteur maritime (période 2012-2018)

(Source : QCATM – Questionnaire sur les Circonstances des Accidents du Travail Maritime)

Chaque année, les accidents du travail maritime à la tête représentent environ 5% du total des accidents déclarés par les marins professionnels, tous secteurs maritimes confondus (pêche, commerce et cultures marines). L’infographie ci-dessous en présente les principales caractéristiques.

Secteur des pêches maritimes

3 décès de marins-pêcheurs suite à un accident de la tête

Dans 41% des cas, les accidents à la tête génèrent des plaies

Secteur du commerce

Dans 40% des cas, les accidents à la tête génèrent des plaies

Secteur des cultures marines

1 décès de marin suite à un accident de la tête

Dans 46% des cas, les accidents à la tête génèrent des plaies

Identification et évaluation des risques

Prévenir les accidents à la tête nécessite avant tout, d’identifier tous les risques auxquels les marins sont exposés à bord du navire : chutes d’objets, chocs, heurts, etc. L’inventaire doit être exhaustif et concerner toutes les situations de travail. Le niveau de risque doit ensuite être évalué pour chaque situation de travail et les résultats de cette évaluation doivent être consignés dans le Document Unique du navire. Grâce à cette évaluation, un plan d’actions de prévention visant à réduire les risques d’accidents à la tête pourra être mis en place.

La chute d'objet de hauteur

Opération de levage par grue, palan : chute de la charge manutentionnée ou d’un sous-élément de la charge (poisson d’une caisse de poisson par ex.), rupture d’un élément du gréement...

Stockage en hauteur : chute de la charge lors d’un stockage en hauteur

Déplacement à bord : chute d’éléments mal arrimés

Sur les porte-conteneurs, des éléments de fixation des conteneurs (spinlock par exemple) peuvent tomber sur les marins en contre-bas.Carousel imageCarousel imageCarousel imageCarousel imageCarousel image

Etre frappé, entraîné, coincé par...

Opération de levage : mouvement d’une charge manutentionnée par une grue qui frappe, fauche ou écrase un marin à proximité

Manœuvre des engins de pêche : mouvement d’un élément du gréement de pêche (chalut, boules, chaînes, ma- nilles, casiers, bouées, etc.) qui frappe, fauche ou écrase un marin à proximité

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Heurt avec un obstacle fixe

Déplacement à bord : choc contre les structures du navire lors des déplacements à bord dans les espaces exigus et/ou à hauteur restreinte

Chute à bord : choc contre les structures du navire consécutivement à une chute à bord ou une glissade

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Consignation dans le Document Unique

Une fois les risques identifiés dans les situations de travail, il faut les évaluer et consigner le résultat de cette évaluation dans le Document Unique du navire. Cela permet de hiérarchiser les risques et de déterminer lesquels seront prioritaires dans le plan de prévention. Ce dernier regroupe toutes les mesures techniques, organisationnelles ainsi que les mesures de formation et d’information prévues par l’armement pour réduire l’exposition des marins aux risques.

PROTECTION COLLECTIVE

Tous les risques ont été préalablement identifiés et évalués ? Place à l’action de prévention. Pour commencer, il faut déterminer s’il est possible de supprimer totalement les risques (ex : suppression des déplacements des marins dans une zone dangereuse de chutes d’objets de hauteur). Dans le cas contraire, des mesures de protection collective, d’ordre technique et organisationnelle, devront être mises en place. Voici quelques pistes de solutions…

Les opérations de levage

Les appareils et accessoires de levage présents à bord doivent être conformes à la division 214 de la réglementation sur la sécurité des navires dont les dispositions techniques s’appliquent à certaines catégories de navires. Sans tenir compte de cette distinction, nous préconisons la mise en place de trois mesures de prévention essentielles :

  1. l’apposition de marquages sur les appareils et accessoires de levage tel que : numéro d’identification, CMU1 et marquage CE,
  2. une vérification périodique du matériel dont le résultat est consigné dans le registre des appareils de levage et des engins de manutention du navire (ou équivalent),
  3. la formation des treuillistes et conducteurs d’engins de manutention pour assurer le levage de la charge en sécurité (mode d’élingage et coordination de la manœuvre). Un code gestuel connu et utilisé par tous les marins du navire doit être formalisé.
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Les manœuvres des engins de pêche

Il est nécessaire de limiter le balancement des engins de pêche (chalut, casier, drague notamment) lorsque les marins travaillent à proximité. Cela passe par des solutions techniques (ex : “banane” sur les chalutiers, câble de retenue pour limiter l’embarquement des dragues sur les coquilliers) et organisationnelles (choisir le moment opportun pour lever la charge). Par ailleurs, le treuilliste doit avoir une vue dégagée sur la manœuvre et la communication entre chaque marin doit être claire. L’installation de caméras et d’interphones peut y aider

Le treuilliste (à gauche) bénéficie d’une vue dégagée sur le marin travaillant à proximité du chalut.

Les déplacements à bord

Le principal risque d’accident à la tête lors des déplacements à bord est de se cogner contre les structures du navire. S’il n’est pas possible de supprimer les zones dangereuses, il convient de les protéger avec des renforts en mousse par exemple.

Dans les zones où des chutes d’objets de hauteur sont possibles (ponts extérieurs de porte-conteneurs, salle des machines de grands navires de commerce, etc.), il faut s’assurer du bon arrimage des charges et le cas échéant prévoir des plinthes et des filets de rétention pour protéger les marins en contrebas.

Exemple de renforts autocollants en mousse destinés à protéger des angles vifs.

PROTECTION INDIVIDUELLE

Si les mesures de protection collective ne permettent pas de supprimer totalement les risques d’accidents à la tête, un casque ou une casquette de protection doit être mis à disposition des marins. Il n’existe pas d’équipement unique, capable d’offrir une protection optimale pour tous les risques présents à bord d’un navire. Par ailleurs, la réglementation en vigueur n’impose aucun EPI (équipement de protection individuelle) précis mais demande qu’il soit adapté au risque encouru. Avant d’acheter un équipement il est donc nécessaire de bien connaître les différentes catégories d’EPI de la tête et de comprendre leurs spécificités techniques. L’étude des normes qui définissent les performances de protection de ces équipements met en évidence trois catégories : les casques de protection contre les chutes d’objets de hauteur, les casques de protection en cas de chute ou de choc avec une masse en mouvement et les casquettes anti-heurt.

DES CASQUES DE SPORT POUR UNE ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE ?

Il peut paraître surprenant de recommander des casques de protection pour les sports d’eaux vives, le ski alpin et même le skate-board… Mais bien que conçus pour le sport, ce sont bel et bien des EPI au sens de la réglementation ! L’utilisation de ces casques est donc parfaitement légale dans un cadre professionnel car il n’existe pas de distinction entre les EPI destinés au travail de ceux prévus pour le sport. Par ailleurs, la réglementation exige que les employeurs fournissent des EPI adaptés aux risques identifiés dans le travail. Dans ce cadre, les casques de protection pour le sport peuvent offrir des protections efficaces face à certains risques professionnels.

Les casques de protection contre les chutes d'objets de hauteur

Ces casques sont destinés à protéger le porteur contre les chutes d’objets et les blessures consécutives, grâce à l’absorption d’une partie de l’énergie d’impact accusée par la tête. La combinaison d’une calotte rigide et d’un harnais de maintien permet d’absorber les chocs pour limiter leur transmission au reste du corps, en particulier à la nuque.

Il s’agit d’une part, des casques de protection pour l’industrie (NF EN 397) prévus pour protéger principalement le dessus du crâne. La plupart des modèles sont équipés d’un réglage de tour de tête. Certains équipements sont optionnels : jugulaire, lunettes (ou écran) de protection, coques anti-bruit… D’autre part, on trouve les casques d’alpinisme (NF EN 12492) prévus pour offrir une protection plus enveloppante du crâne (front, arrière et côtés). Leur maintien sur la tête est supérieur grâce aux réglages de tour de tête et à la jugulaire installée de série.


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Les casques de protection en cas de chute ou de choc

Ces casques sont destinés à réduire les risques de blessure au crâne grâce à l’absorption d’une partie de l’énergie d’impact consécutif à la chute du porteur. Ce sont les casques normalisés pour le ski alpin (NF EN 1077), les sports en eaux vives (NF EN 1385), les sports aériens (NF EN 966), le cyclisme, skate et roller (NF EN 1078).

Ils offrent une bonne couverture du crâne et un bon maintien grâce à la jugulaire et, le cas échéant, au réglage de tour de tête. Bien qu’ils protègent pour le même type de risque, leur capacité d’absorption peut varier d’un modèle à l’autre. Certains casques offrent une protection supplémentaire contre le risque de pénétration d’objets. Seuls les casques pour les sports d’eaux vives sont flottants.

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Les casquettes anti-heurt

Les casques de protection contre les chutes d’objets de hauteur et les casques de protection en cas de chute assurent naturellement une bonne protection contre les petits chocs à la tête. Cependant, si l’évaluation des risques montrent que seul le risque de heurt avec des obstacles fixes existe à bord du navire, le port de la casquette de protection (NF EN 812) peut être suffisant. Appelée aussi casquette anti-lacération, elle est destinée à protéger le porteur lorsque sa tête vient heurter des objets durs et immobiles (arêtes vives par ex.), avec suffisamment de force pour provoquer des blessures superficielles. Elle n’est pas conçue pour protéger des projections ou chutes d’objets ou des charges en suspension ou en mouvement. Elle peut être munie d’une jugulaire qui réduit le risque de perdre la casquette suite à un coup de vent.

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TABLEAU DE SYNTHÈSE

Le tableau ci-dessous identifie les niveaux de performance des casques et casquettes de protection selon le risque pour lequel on souhaite se protéger à bord d’un navire. Ils prennent en compte d’une part, les exigences fixées par les normes de référence de chaque équipement et d’autre part, de façon plus subjective, de réalités constatées à bord des navires. Ces évaluations ont un caractère informatif et ne peuvent en aucun cas se substituer aux informations fournies par les fabricants des casques et casquettes de protection auxquelles il faut systématiquement se référer.

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La protection de la tête pour les marins professionnels

1,8Mo – 16 pages – août 2018