POINT PRÉVENTION N°5 – Une jambe fracturée suite au ripage d’une charge

Point Prévention n°5En juin, peu avant midi, un remorqueur accoste bâbord contre la plate-forme pétrolière à servir. Son pont de chargement est exigu et bas sur l’eau par rapport à celui du supplier habituellement utilisé pour cette opération. Pour le déchargement des colis trois membres de l’équipage sur le pont du remorqueur collaborent avec un grutier utilisant la grue tribord de la plateforme exposée au vent et à la houle. La grue bâbord mieux protégée du vent et de la mer ce jour-là ayant une portée insuffisante.L’officier en charge de surveiller les manutentions sans y participer (procédure interne à l’entreprise) et un matelot contrôlent le balan du crochet de la grue en cours de descente tandis que le second matelot est en train de fixer une « tag line » (corde de guidage) à un colis en porte à faux sur le pont de bois et écarté de la paroi (cargo rail).
Pour cela, il se positionne entre le colis et la paroi sur l’arrière bâbord du remorqueur.
C’est à ce moment que sous l’effet d’une forte houle (3 mètres, venant de l’avant-tribord) inondant le pont, la charge a glissé vers bâbord, et est venue coincer la jambe du matelot contre la paroi. L’équipage a immédiatement dégagé la victime et lui a prodigué les premiers soins avant de procéder à son transfert sur la plateforme où il a été pris en charge par l’équipe médicale qui a décidé de son évacuation par hélicoptère vers un hôpital pour une fracture du genou.

CAUSES DE L’ACCIDENT

Causes directes

Le coincement de la jambe entre la charge et la paroi a été provoqué par la combinaison de 3 faits :

  1. la charge se déplace,
  2. la victime prend l’initiative d’aller entre la paroi et la charge pour y fixer la « tag line »,
  3. la charge n’était pas plaquée contre la paroi.

L’absence d’un de ces 3 faits aurait permis d’éviter l’accident. Recherchons maintenant les causes indirectes (ou profondes) qui ont amené ces 3 faits.

Causes indirectes (ou profondes)

  1. La charge se déplace parce que :
    1. le pont est inondé par la mer en ce jour de forte houle. L’inondation du pont est par ailleurs favorisée par l’exiguïté du pont du remorqueur, le fait que ce pont soit bas sur l’eau et par l’obligation d’utiliser la grue tribord exposée au vent et à la mer.
    2. la charge n’est pas saisie.
    3. seulement une partie de la charge est en contact avec le pont de bois. Elle n’est pas à plat pont, mais à cheval sur deux surfaces, présentant un dénivelé de 1 ou 2 centimètres.
  2. La victime prend l’initiative de se positionner entre la paroi et la charge parce que :
    1. la victime a une mauvaise appréciation du danger.
    2. la « tag line » n’est pas pré-installée au chargement du navire.
    3. l’officier de pont assiste l’autre matelot dans le contrôle du crochet de grue et ne surveille pas l’activité de la victime.
  3. La charge n’est pas plaquée contre la paroi parce que :
    1. la charge n’a pas été correctement positionnée lors du chargement.
    2. le remorqueur n’est pas un navire conçu pour ce type d’opération.

RECOMMANDATIONS

Concernant les causes du déplacement de la charge

Le choix d’un navire inadapté s’il se comprend dans un contexte donné (avaries sur le supplier, autres occupations du supplier, exigences du client…) nécessite d’augmenter la vigilance au chargement (positionnement, calage et saisie des charges) et au déchargement (exposition du navire aux intempéries).

Concernant les causes du positionnement de la victime à un endroit dangereux

Même si les conditions météorologiques compliquent les opérations, le « coup de main » de l’officier au personnel d’exécution ne doit pas se faire au détriment de la surveillance de l’ensemble des opérations. Par ailleurs, la faisabilité de l’installation des « tag lines » sur les colis avant le chargement doit être étudiée. Lorsque ce n’est pas possible, les « tag lines » doivent être installées avant le dessaisissage des colis.

Concernant les causes d’un colis non plaqué contre la cloison

La diversité des formes de colis ne permet pas toujours de plaquer correctement les charges aux parois. Le rappel des consignes concernant les zones « interdites », avant chaque déchargement, doit être systématique.